Il y a vingt ans naissait une vision audacieuse : créer un orchestre de chambre professionnel entièrement composé d’anciens membres du Verbier Festival Orchestra. Aujourd’hui, le Verbier Festival Chamber Orchestra (VFCO) est devenu un ensemble remarquable, portant l’esprit de Verbier dans les salles de concert de tous les continents.
Pour marquer cette année anniversaire, cette série de newsletters donne la parole aux personnes qui font vivre cet orchestre extraordinaire.

GÁBOR TAKÁCS-NAGY
Directeur musical du VFCO
Gábor Takács-Nagy est l’une des figures les plus attachantes du monde de la musique de chambre : fondateur du légendaire Quatuor Takács, il s’est réinventé chef d’orchestre sur le tard, avec un enthousiasme et une joie communicative qui font sa signature. Directeur musical et chef visionnaire du VFCO depuis 2007, et de la Manchester Camerata depuis 2011, il fait également de la musique de son pays natal l’une de ses spécialités, défendant avec passion le répertoire hongrois sur les plus grandes scènes du monde.
Extraits de l’interview
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Il y a des rencontres qui changent une vie. Pour Gábor Takács-Nagy, elle a lieu en mars 2005, lors d’un concert à Sion. Ce soir-là, Martin Engstroem est venu écouter Nobuko Imai, mais c’est le chef qu’il remarque — sa gestuelle, son énergie, la façon dont il électrise les musiciens autour de lui. L’année suivante, Gábor Takács-Nagy fait ses débuts au Verbier Festival. « Je pouvais à peine croire à ma chance quand l’invitation est arrivée. »

Un an après ses débuts à Verbier, Gábor Takács-Nagy reçoit une proposition qu’il n’attendait pas. Lors d’une tournée autour du lac de Constance avec le VFCO en juin 2007, Martin Engstroem lui annonce que les musiciens souhaitent travailler avec lui, et qu’ils l’ont choisi comme Directeur musical. « C’était comme recevoir un cadeau de Noël en plein mois de juillet. » Depuis, il n’a pas manqué une seule édition du Festival.
Le VFCO n’est pas un orchestre ordinaire : ses musiciens, issus des meilleures formations mondiales, se retrouvent chaque été à Verbier le temps de quelques concerts et tournées durant l’année, avant de repartir vers leurs engagements respectifs. Cette discontinuité, loin d’être un obstacle, est pour lui une source de renouveau permanent. « Chaque fois que nous nous retrouvons, c’est comme une célébration musicale. Il y a de l’excitation, de l’anticipation. Quelque chose de spontané qu’on ne retrouve pas forcément dans les grands orchestres qui jouent ensemble en permanence. » Et quelque chose de profondément humain aussi : « Après nos concerts, je vois la plupart des gens repartir en souriant, plus légers qu’à leur arrivée. C’est notre but. La musique est une médecine spirituelle. »

La comparaison avec le sport de haut niveau s’impose naturellement à lui. Il cite volontiers une conversation avec Pep Guardiola après un match à Manchester : « Je lui ai dit : nous faisons le même travail. Je ne joue pas une note, vous ne touchez pas le ballon — mais notre objectif est d’amener les gens autour de nous aussi près que possible de leur plein potentiel, au sein d’une équipe. »
Il y a aussi quelque chose d’indéfinissable dans ce que les musiciens du VFCO appellent entre eux être « Gaborized », un état d’esprit fait d’amour pour la musique, de prise de risque assumée, et d’une liberté intérieure rare. « La créativité commence là où la zone de confort se termine », répète-t-il volontiers.