Il y a vingt ans naissait une vision audacieuse : créer un orchestre de chambre professionnel entièrement composé d’anciens membres du Verbier Festival Orchestra. Aujourd’hui, le Verbier Festival Chamber Orchestra (VFCO) est devenu un ensemble remarquable, portant l’esprit de Verbier dans les salles de concert de tous les continents. Pour marquer cette année anniversaire, nous continuons notre série de newsletters donnant la parole aux personnes qui font vivre cet orchestre extraordinaire.
À l’occasion de la tournée du VFCO en Corée du Sud, le Directeur des tournées Michael Fuller a rencontré Jakub Józef Orliński au Tongyeong International Music Festival, où l’orchestre est en résidence. Au cœur d’une tournée mondiale, le contre-ténor polonais venait de partager la scène pour la première fois avec le VFCO. Une première, sur plusieurs plans…
« Je suis quelqu’un qui explore »
Jakub Józef Orliński est aujourd’hui l’une des personnalités les plus singulières du monde lyrique : à la fois danseur de breakdance et chanteur à la voix d’une pureté saisissante, il a su conquérir bien au-delà des cercles de la musique classique. Il s’est par exemple illustré lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, ou lors du Gala des Pièces Jaunes en 2026.
Extraits de l’interview
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Au Tongyeong Festival, Jakub Orliński interprétait ces airs avec orchestre pour la première fois. « J’étais impressionné que tout le monde soit au top. Avec Mozart, ce n’est pas le plus virtuose pour l’orchestre, mais il faut être complètement à l’écoute. Il y a beaucoup de sprezzatura, de choses non écrites que l’on fait. La musique doit être vivante. » Et elle l’a été : « J’ai adoré l’ambiance, et interpréter ces airs pour la première fois devant un public, c’était vraiment fantastique. C’était bien d’essayer Mozart, si je puis dire, à ce niveau, on n’essaie pas les choses, on les fait. Et on les fait au plus haut niveau possible. »
Jakub Orliński a grandi dans une chorale amateur en Pologne, sans jamais passer par une école de musique. En parallèle, il faisait du roller acrobatique, du skateboard, du tennis, et puis le breakdance est arrivé. « C’était une sorte d’illumination. Combiner tout ce que j’aimais : la musique, les sports extrêmes, l’acrobatie, et la liberté d’expression. » Cette liberté-là l’a aussi aidé sur scène. « J’étais un enfant très timide, pas du tout confiant. Je ressentais ce que je voulais exprimer, mais je n’avais pas les outils. »
Ses professeurs, eux, lui répétaient d’arrêter le breakdance. « J’ai horreur qu’on me dise que je ne peux pas faire quelque chose. » Alors il a appris à s’analyser, à identifier ce qui était bon pour sa voix et ce qui ne l’était pas, et à faire de sa passion pour le breakdance une force. Une connaissance de soi qu’il juge décisive. « Je connais mon corps. Je sais ce qui est bon pour moi avant de chanter, et ce qui ne l’est pas. Sur scène, j’ai conscience de mon corps. »
« Je me décrirais comme un explorateur. J’aime explorer, et pas seulement en musique. La nourriture, les cultures, les gens. C’est ce qui nourrit mon travail. » Une amie de 83 ans, qu’il appelle sa « grand-mère adoptive », lui a un jour glissé la formule qui résume tout : « Il faut garder la curiosité éveillée. »