Il y a vingt ans naissait une vision audacieuse : créer un orchestre de chambre professionnel entièrement composé d’anciens membres du Verbier Festival Orchestra. Aujourd’hui, le Verbier Festival Chamber Orchestra (VFCO) est devenu un ensemble remarquable, portant l’esprit de Verbier dans les salles de concert de tous les continents.
Pour marquer cette année anniversaire, cette série de newsletters donne la parole aux personnes qui font vivre cet orchestre extraordinaire.
Cette semaine, nous avons rencontré Blythe Teh Engstroem. Elle fête aujourd’hui son anniversaire, une belle occasion de revenir avec elle sur ces vingt années passées aux côtés du VFCO.
BLYTHE TEH ENGSTROEM
CO-DIRECTRICE ARTISTIQUE DU VERBIER FESTIVAL
« Je suis venue, et je ne suis jamais repartie »
Depuis vingt-cinq ans, la vie de Blythe Teh Engstroem est intimement liée à Verbier. Elle contribue à la création du VFCO en 2006, dont elle est aujourd’hui cheffe de pupitre des altos. Depuis trois ans, elle codirige également la destinée artistique du Festival aux côtés de son mari, Martin Engstroem.
« Un tournant qui a changé ma vie »
Tout commence par une audition. Blythe Teh Engstroem intègre l’UBS Verbier Festival Youth Orchestra sans savoir ce qui l’attend : « Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Je suis venue, et je ne suis jamais repartie. » Ce qu’elle y trouve la dépasse : « Je suis devenue accro à l’atmosphère du Festival, aux relations que j’y ai nouées, aux expériences que j’y ai vécues, l’inspiration que j’y ai trouvée, la beauté saisissante de l’endroit. Un vrai tournant, qui a changé ma vie. Et tellement amusant, en plus ! »

Pour elle, la musique est avant tout une affaire d’émotion : « C’est l’endroit où je ressens les émotions les plus fortes et les plus profondes. » Enfant déjà, elle ne savait pas nommer ce qu’elle ressentait, mais elle en voulait « toujours plus. »
Ses modèles ? « Surtout des disparus », sourit-elle, en égrenant les noms de quelques légendes — Kreisler, Heifetz, Rubinstein, Carlos Kleiber, Casals — et des professeurs Yuval Yaron, György Sebők, János Starker, Josef Gingold.
À Verbier, la liste s’allonge encore : Joshua Bell, « une sorte de héros » depuis son enfance à Bloomington ; Steven Isserlis, dont elle écoutait la Prière de Bloch en boucle ; Mischa Maisky, « qui ne peut pas jouer une seule note sans y mettre tout son cœur et toute son âme ». Et bien sûr Gábor Takács-Nagy, cité à chaque instant.
« Les artistes qui viennent à Verbier sont ici parce qu’ils nous touchent et nous inspirent profondément. »
La genèse du VFCO
En 2006, avec quelques complices de l’UBS Verbier Festival Orchestra, Blythe Teh Engstroem co-fonde le VFCO. L’idée naît d’un manque : « Nous n’avions qu’un temps limité pour jouer ensemble dans le grand orchestre, et nous ne voulions pas que ça s’arrête. » Inge, la mère de Martin Engstroem, y est aussi pour beaucoup : elle notait toujours des idées de programmes et de musique qu’elle aimait, et pensait qu’il fallait un orchestre de chambre à Verbier pour aborder ce répertoire. Le rêve initial ? « Un ensemble dynamique et excellent, qui partagerait beaucoup de joie ensemble. »

“Je réalise avec une immense gratitude que plus de la moitié de ma vie a été liée au Verbier Festival.”
Vingt ans plus tard, sa définition du VFCO tient presque du manifeste : « Un groupe d’individus talentueux qui aiment la musique et ont consacré leur vie à leur art, et qui ont trouvé une famille. »
Blythe Teh Engstroem revient sur ce qui rend cet orchestre si singulier à ses yeux : « l’essentiel de ma vie d’orchestre s’est construit avec le VFCO et Gábor Takács-Nagy. »
Faire de la musique n’est, dit-elle, presque jamais devenu une routine ou une obligation : « J’ai eu le privilège de collaborer à des projets, avec des partenaires, dans le respect, la confiance et la joie. » Et c’est bien cette alchimie qui, selon elle, façonne le VFCO tout entier, « à la rencontre de l’expérience et de l’idéalisme, de la tradition et du renouveau. »
20 ans de musique
Ce qui soude ce groupe d’itinérants venus des plus grands pupitres du monde est une forme d’intimité rare. « Faire de la musique ensemble est une activité très intime : nous sommes assis les uns près des autres, chacun joue une partie individuelle qui participe d’un tout plus grand, en parfaite synchronie, en respirant et en chantant de la même façon. Nous ressentons les choses profondément et partageons tous un même voyage, physique et spirituel. »

Cette intimité, vingt ans de tournées à travers le monde l’ont nourrie, entre découvertes, notamment culinaires, et plaisir toujours renouvelé de sentir vibrer des publics différents.
Pour les vingt prochaines années, son vœu tient en une phrase : « Continuer à renforcer le VFCO de l’intérieur comme de l’extérieur, continuer à découvrir et explorer le répertoire, et partager l’esprit de Verbier avec le plus grand nombre de publics possible. »
Un conseil pour les jeunes musiciens ?
« N’oubliez jamais ce qui se cache derrière les notes ! Travaillez dur, mais ne vous focalisez pas uniquement sur la justesse : croyez en vous, laissez parler votre imagination, ne cherchez pas la gloire personnelle, et regardez autour de vous pour aider les autres à progresser… »